Déménagement et dépossession
(mise à jour juillet 2026)
Demain, je déménage.
Tout est emballé, étiqueté, empilé. En regardant cette quarantaine de cartons, je réalise que je n’ai probablement jamais autant acheté d’objets qu’en 2015. Nous avions plus d’espace, un appartement vide à remplir à deux, alors nous avons acheté des meubles pour chaque pièce.
Peu de récupération, parce que je voulais, comme on dit en décoration d’intérieur, mettre en valeur le volume des pièces sans les dénaturer. Une manière assez élégante de dire que j’avais envie de remplir le vide avec des trucs neufs.
J’avais surtout oublié un détail : cela faisait déjà presque dix ans que je déménageais en moyenne une fois par an. Je ne suis pas saisonnier. J’aime simplement changer d’endroit, d’atmosphère, de manière de vivre. Parfois seul, parfois à deux, trois, quatre ou cinq en colocation. Souvent à Grenoble, ville que j’affectionne toujours autant, parfois de retour à la campagne.
Quand je vois tous ces cartons, je pense à Alex, un cuisinier saisonnier qui transportait toute sa vie dans deux grosses valises. Il devait avoir un secret. Je la mets où, ma guitare ? Et mon cerf-volant ? Qu’est-ce que je fais du micro-ondes et de la télévision ?
Je souriais un peu en me rendant compte de mes réflexions d’occidental possessif.
Ces derniers mois, j’avais commencé à expérimenter d’autres manières de vivre. Le zéro déchet de Béa Johnson, le désencombrement de Marie Kondo, le prêt, le don. Moi qui avais toujours eu du mal à prêter mes affaires, j’en étais arrivé à vouloir faire circuler tout ce que je n’utilisais pas.
À chaque fois que je préparais un sac pour partir quelques jours, le même constat revenait : je pouvais me passer de presque tout ce que je possédais. Une paire de chaussures, quelques strings, un bon pull, un ordinateur, et c’était parti.
Ce que je voulais vraiment n’était peut-être pas de vivre avec moins d’objets. Je voulais pouvoir repartir facilement.
Il y a quelque chose d’assez rassurant dans une maison remplie. Tout semble installé, stable, prévu pour durer. Mais plus on possède, plus chaque départ devient compliqué. Il faut stocker, transporter, protéger, entretenir. Les objets finissent par prendre une place dans les décisions que l’on croit prendre librement.
Je ne sais pas si une maison finit par nous posséder. Mais je sais qu’une quarantaine de cartons commencent sérieusement à négocier.
Demain, je déménage. Je ne sais pas encore de quoi la suite sera faite, et c’est probablement ce qui me plaît le plus.
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