J'ai changé mes idées reçues sur l'Inde
(mise à jour juillet 2026)
Quand j’étais gosse, l’Inde tenait dans trois images : une chanson de MC Solaar, Raj dans The Big Bang Theory et le yoga. Ce n’était pas beaucoup, mais c’était déjà suffisant pour donner l’impression de connaître un pays où je n’avais jamais mis les pieds.
Quand j’ai annoncé mon départ, chacun avait sa propre version de l’Inde. Un pays dangereux, mystique, pauvre, bruyant, rempli de vaches et de circulation incompréhensible. Comme souvent, les gens parlaient surtout de ce qu’ils imaginaient.
J’y suis resté trois semaines et la première chose qui m’a frappé, c’est que rien ne tenait vraiment dans une seule image. Oui, il y avait des vaches en pleine ville, des chiens couchés contre elles, des klaxons partout et une circulation qui semblait fonctionner selon des règles invisibles. Mais il y avait aussi des repas incroyablement variés, des gens faciles à aborder, des trains compliqués à réserver et des situations où je ne comprenais absolument rien à ce qui se passait.
Je pensais arriver préparé. En réalité, j’étais surtout préparé à reconnaître les clichés que j’avais déjà en tête.
Le décalage le plus brutal a été économique. Avec quelques euros, je pouvais manger au restaurant, dormir dans une chambre et encore garder de l’argent pour la journée. Cette différence donne vite une impression de richesse assez indécente. On croit avoir compris le niveau de vie parce qu’on convertit tout en euros, alors qu’on ne comprend encore ni les salaires, ni les contraintes, ni ce que représente réellement cette somme pour les personnes qui vivent là.
J’étais aussi arrivé avec cinq cents euros changés en roupies, principalement sous forme de billets de 500 et 1 000. Mauvais timing : le gouvernement venait justement d’annoncer leur invalidation. Du jour au lendemain, une grande partie de l’argent liquide du pays devait être échangée.
Les files d’attente devant les banques traversaient parfois la rue. Les règles changeaient, les montants étaient limités et les étrangers pouvaient parfois passer plus vite. J’ai passé plusieurs jours à convertir progressivement cette grosse liasse devenue presque inutile.
C’était absurde, mais aussi très concret. Une monnaie peut paraître solide jusqu’au moment où une décision politique change soudainement ce que valent les billets que vous avez dans la poche.
Le reste du voyage ressemblait un peu à ça. Des choses que je croyais simples devenaient compliquées, et des choses que j’imaginais difficiles devenaient étonnamment faciles. Réserver un train pouvait être un parcours du combattant. Discuter avec quelqu’un dans la rue prenait parfois trente secondes.
Je pourrais raconter les pakoras, les thalis, les hôtels à quatre euros, les trains, les tuk-tuks, les temples, les klaxons et les billets invalides. Mais ce que je garde surtout, c’est la sensation d’avoir passé trois semaines à démonter mes propres raccourcis.
L’Inde ne m’a pas appris ce qu’était l’Inde. Trois semaines ne suffisent évidemment pas.
Elle m’a surtout appris à quel point on peut arriver quelque part avec une idée déjà prête, puis passer tout le voyage à comprendre qu’elle ne tient pas.