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Ce que l’on garde quand on jette un objet

Je suis tombé sur La magie du rangement de Marie Kondo par hasard, dans une grande surface. C’était sans doute le bon moment : mon appartement commençait à être sérieusement encombré et je ne savais pas vraiment par où commencer.

J’ai parcouru le livre en quelques heures. La méthode n’avait rien de magique. Elle ne permettait pas de plier les objets jusqu’à les rendre invisibles ni de mieux les entasser au fond d’un placard. L’idée était beaucoup plus simple : un objet doit être utilisé ou compter réellement pour nous. Sinon, il est peut-être temps de le laisser partir.

La version de Marie Kondo était parfois assez brutale. Un objet inutilisé depuis plusieurs mois ? Dehors. Un livre acheté depuis longtemps mais jamais ouvert ? Dehors aussi. Je préfère quand même donner, vendre ou recycler ce qui peut encore servir plutôt que remplir directement des sacs-poubelle.

Mais le résultat reste le même : il faut faire sortir les objets de chez soi, pas seulement les déplacer d’un placard vers une boîte qui rejoindra la cave.

C’est là que je suis assez mauvais. J’ai toujours eu tendance à accumuler des gadgets, des livres, des lettres et des souvenirs dont je ne savais plus vraiment quoi faire. Ils n’étaient pas utiles, mais les jeter me donnait l’impression de supprimer une partie de ce qu’ils représentaient.

Le passage sur les cadeaux m’avait particulièrement marqué. Un cadeau peut partir sans que l’on rejette la personne qui nous l’a offert. Il nous a fait plaisir au moment où nous l’avons reçu. Il a déjà rempli son rôle. Nous n’avons pas besoin de le conserver éternellement pour prouver notre gratitude.

Même chose pour les souvenirs. Un objet peut nous rappeler une personne, une époque ou une version plus jeune de nous-mêmes. Mais le souvenir ne vit pas vraiment dans l’objet. Celui-ci sert seulement de raccourci pour y accéder.

J’ai eu une démonstration assez radicale de cette idée avec une vieille malle remplie de lettres et d’affaires de mon enfance. J’avais du mal à m’en séparer, alors je l’avais laissée dans une cave humide en remettant la décision à plus tard.

La cave a décidé à ma place.

Quand j’ai retrouvé la malle, l’humidité avait détruit une grande partie de son contenu. Tout est parti directement à la poubelle. C’était dommage, mais ma mémoire n’a pas disparu avec le carton moisi.

Depuis, j’essaie de distinguer les objets que je garde parce qu’ils ont encore une place dans ma vie de ceux que je conserve uniquement parce que je n’ai jamais pris la décision de m’en séparer.

Ce n’est pas vraiment du rangement. C’est surtout choisir ce que l’on accepte encore de porter.