Le syndrome du Knacki 36
(mise à jour juillet 2026)
J’aime la bouffe. Vraiment.
Je suis le genre de personne qui demande si quelqu’un va finir son assiette, qui mange la dernière crêpe sans trop faire semblant d’hésiter et qui cesse presque complètement d’écouter quand quelque chose de bon arrive sur la table.
Le problème, c’est que j’aime aussi contrôler ce que je mange.
Pendant longtemps, j’ai appelé cette contradiction le syndrome du Knacki 36. D’un côté, les Knacki, les gâteaux, les repas entre amis et tout ce qui donne envie de reprendre une deuxième assiette. De l’autre, les corps minces dans les publicités, les abdos visibles et l’idée qu’il faudrait surveiller chaque écart.
Entre les deux, on essaie simplement de vivre.
J’ai déjà perdu vingt-cinq kilos. Deux fois. Je connais donc assez bien cette période où chaque escalier devient une occasion de brûler quelques calories, où l’on commence à compter les trajets, les repas et les moments passés assis. Je ne prenais pas l’ascenseur parce que je pouvais marcher. Ce n’était pas une peur de l’ascenseur. C’était presque la peur de rater une occasion de bouger.
J’ai aussi essayé des régimes très stricts. Dukan, notamment. Avec le recul, baser une grande partie de son alimentation sur les protéines n’était probablement pas l’idée la plus équilibrée de ma vie, mais à ce moment-là, cela ressemblait à une méthode claire dans un sujet où je ne contrôlais pas grand-chose.
Le mot régime dérange, alors on le remplace. On fait attention. On surveille sa ligne. On évite le sucre, le gras, le gluten ou parfois simplement le plaisir. Le vocabulaire change, mais la tension reste souvent la même.
Dans mon cas, il y avait aussi l’hyperphagie. Des moments où manger ne répondait plus vraiment à la faim, mais à quelque chose de plus difficile à arrêter. Ma solution la plus radicale consistait à ne rien acheter. Si les placards étaient vides, il devenait plus compliqué de les vider pendant la nuit.
Ce n’était pas une solution très élégante. Mais c’était une solution.
Le plus étrange, c’est que la nourriture reste aussi un lien avec les autres. Refuser un dessert préparé avec attention, ce n’est jamais seulement refuser du sucre. C’est parfois refuser un geste, une soirée, une habitude familiale. On peut expliquer que l’on fait attention, mais la tarte aux pommes n’a rien demandé à personne.
Je ne pense plus qu’il existe un équilibre parfait entre le plaisir et le contrôle. Il y a surtout des périodes où l’un prend trop de place, puis des ajustements plus ou moins intelligents pour revenir au milieu.
Le syndrome du Knacki 36, au fond, c’est peut-être seulement ça : aimer manger dans un monde qui nous rappelle en permanence que notre corps devrait raconter autre chose.