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Les systèmes qui comptent sur notre oubli

Les systèmes commerciaux les plus efficaces ne cachent pas toujours leurs règles. Parfois, tout est écrit. Ils comptent seulement sur le fait que personne ne prendra le temps de lire, de comprendre ou de se souvenir.

C’est ce qui m’avait frappé avec JustFab. L’offre d’entrée semblait simple : une première paire à prix réduit. Derrière, le compte devenait un abonnement mensuel. Chaque mois, il fallait penser à indiquer que l’on ne souhaitait rien acheter, sinon une somme était transformée en crédit sur le site.

Le mécanisme n’avait rien de secret. Il reposait sur l’oubli.

Oublier de cliquer. Oublier de vérifier son relevé. Oublier que la réduction du premier achat avait une contrepartie. Quelques personnes très attentives pouvaient utiliser le système sans problème. Les autres finissaient par payer parce que leur inattention faisait partie du modèle économique.

J’avais retrouvé quelque chose de similaire dans certaines réunions autour des produits Herbalife. Le produit n’était pas toujours le point de départ. On venait pour une séance de sport, parce qu’une amie avait proposé, parce que l’ambiance était sympathique ou parce que l’entrée semblait gratuite. Ensuite arrivaient les produits, les conseils, puis parfois la proposition de devenir vendeur à son tour.

Là encore, la confiance était centrale. Pas seulement la confiance dans une marque, mais celle accordée à une personne proche. Une offre commerciale présentée par un ami ressemble moins à une vente, même quand elle en reste une.

C’est probablement pour cela que ces systèmes sont difficiles à critiquer sans froisser quelqu’un. La personne qui vous invite ne pense pas forcément vous piéger. Elle croit souvent sincèrement à ce qu’elle propose. Elle peut même avoir intérêt à y croire, parce qu’elle a déjà investi du temps, de l’argent ou une partie de son identité dans le système.

Avec le recul, le point commun n’était donc pas vraiment la chaussure, le complément alimentaire ou l’abonnement. C’était une mécanique construite autour de petites faiblesses ordinaires : l’oubli, la culpabilité, la confiance, l’envie de faire une bonne affaire et la difficulté à reconnaître qu’on s’est fait avoir.

On imagine souvent une arnaque comme un mensonge évident, avec un faux site, un faux vendeur et de faux documents. Mais certains modèles n’ont pas besoin de mentir frontalement.

Il leur suffit de rendre l’entrée très simple, la sortie plus compliquée, puis d’attendre.