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Une heure d’ordinateur par semaine

J’ai 15 ans.

Ma mère me limite à une heure d’ordinateur par semaine.

Non, je ne suis pas puni. C’est la règle.

Par chance, mon père en a une autre et me laisse passer des nuits blanches entières sur Internet.

J’y apprends à fabriquer un cocktail Molotov, à regarder du porno et surtout, à créer mes premiers sites web.

Je découvre ce que c’est qu’être autodidacte.

Apprendre par soi-même.

Passionné par cet univers.

Sans limite.

Mais dès que vient la semaine chez ma mère, mes projets n’avancent plus.

Non, je ne veux pas passer mes week-ends avec un bout de bois dans une main et une ficelle dans l’autre.

Je veux aller chez mon père.

Mais je ne peux pas.

Un jour, en aidant un ami, il me confie que son père a une dizaine de vieux ordinateurs qu’il compte jeter à la benne.

Des antiquités.

J’élabore alors un stratagème.

Le soir venu, on me dépose avec les dix ordinateurs chez ma mère.

Ma chambre devient un vrai laboratoire : un tas d’écrans, de tours et de câbles.

Ma mère est furieuse.

Elle me fait tout jeter dès le lendemain.

Tout ?

Vous commencez à comprendre.

Dans l’un des meubles de ma chambre, j’ai gardé l’ordinateur le plus performant.

Pendant un an, j’ai pu passer mes nuits dessus.

Bien entendu, un jour, elle a découvert le pot aux roses.

Et j’ai été interdit d’ordinateur pendant un an.

Enfin, quand j’étais chez ma mère.

Ce qu’elle ne m’avait pas dit, c’est que le temps que je ne pouvais pas passer sur mes sites, je le passerais à faire autre chose.

J’ai appris à jouer du piano, dessiné une BD et écrit des nouvelles avec ma petite sœur.

Elle ne me l’avait pas expliqué.

Je ne pouvais pas comprendre.

Elle avait raison.

J’ai envie de m’excuser auprès d’elle aujourd’hui d’avoir été un sale garnement.

De lui en avoir fait voir de toutes les couleurs.

Pendant longtemps, j’ai retenu de cette histoire que les règles se contournent.

C’était probablement mon premier vrai réflexe de hacker : observer la limite, chercher l’ouverture, trouver un autre chemin.

Avec le temps, j’ai compris autre chose.

Une règle qu’on n’explique pas ressemble seulement à une punition. À quinze ans, je ne pouvais pas deviner que ce temps loin de l’ordinateur allait aussi me pousser vers le piano, le dessin et l’écriture.

Ma mère avait peut-être raison.

Ce qui ne veut pas dire que j’aurais laissé cet ordinateur dans la benne.